Régate en vue du 8 juin sur les World Cup Series 2018 : le récit commenté de Jean-Noël BEVERINI

14 juin 2018 par

Découvrez le récit commenté de la journée du 8 juin par notre commentateur touristique du patrimoine Jean-Noël BEVERINI :

 

 

 

 

Marseille a reçu, du 3 au 10 juin, la « 2018 World Cup Series Final », phases finales de la Coupe du monde de voile olympique, en avant première des JO de 2024.

L’Office de la mer Marseille Provence avait affrété, vendredi 8 juin, l’Aiglon III et proposait une exceptionnelle découverte en mer des compétitions comportant commentaires sportifs et maritimes, les premiers assurés par Patrick Gambarelli et Jean-Michel Roque, les seconds par Jean Noël Beverini.

 

 

En franchissant  vendredi au matin le poste d’accueil du stade nautique du Roucas-Blanc, je savais que j’allais à la rencontre de la mer, de la voile et de l’Histoire. Grand ciel bleu, mer belle mais assez peu de vent : au dessous de 5 nœuds, point de départ ; mais le vent thermique allait se réveiller !

 

Immersion immédiate. Les bateaux sont encore à terre et les équipages s’affairent : on vérifie ici les écoutes, on dégraisse là les foils à l’acétone. Tout le long du front de mer, une forêt de mâts et toutes ces voiles dressées qui se balancent, blanches, et déjà semblables aux naseaux frémissants des pur-sang  impatients du départ sur un hippodrome.

 

Trente quatre pavillons nationaux

 

212 coureurs, 156 bateaux, 34 nations représentées. Après les français, les japonais sont les plus nombreux.  À l’angle des voiles brillent les pavillons de Pologne, de Suisse, de Grande Bretagne, de Russie, d’Israël, de Hong-Kong, des USA, d’Argentine, d’Espagne, d’Autriche, du Brésil et d’Argentine, de Belgique, des Pays-Bas, d’Allemagne, du Canada, de Grèce, de Lituanie et de Finlande, de Bulgarie, de Turquie, de Hongrie et de Norvège … Un véritable tour du monde tout le long du rivage du Roucas-Blanc.

 

Prêt pour appareiller

 

Les passagers de l’Aiglon III commencent à rallier le stand de l’Office de la mer, accueillis par Aurélien et toute son équipe. La mer prend des couleurs de lagon sous l’étrave de notre « vaisseau » fier de ses 21,78 mètres. Au sommet du mât battent les pavillons d’Icard Maritime et de l’Office. Chacun a pris place sur la plage avant et le pont supérieur panoramique.

 

Le vent s’est levé, Sud Ouest. Cap sur les aires de course entre Cap Cavau et l’ile Maire. En tout premier lieu, les 470, répartis en deux séries : men et women. Chez les hommes, les japonais alignent 5 unités. Pour la beauté des sonorités je n’hésite pas à vous donner les noms de deux de leurs équipages :

  • Keiju Okada et Jumpi Hokazono,

–   Tetsuya Isozaki et Akira Takayanagi.

Ils sont à 9600 kilomètres de leur base japonaise.

 

L’équipage grec nous invite au même dépaysement exotique :

  • Panagiotis Mantis et Pavlos Kagialis.

Etre grec et fendre, ce 8 juin 2018, 2600 ans après Simos et Protis, les eaux au large de Marseille … !  

 

En route vers les Lasers. Le bateau du Comité vient de hisser ses deux pavillons pour indiquer aux skippers le temps qu’il leur reste avant le départ. Le ballet s’anime sur mer :

« 10, 5, 4, 3, 2,1, Top… 4 minutes avant le départ ».

Les lasers se regroupent, chacun en quête de sa meilleure position… « 10 secondes ». Chaque unité est rangée derrière la ligne virtuelle entre la bouée et la coque du bateau Comité. Les voiles se bordent. « Top départ ». Les coursiers sont lâchés. Péruviens, belges, italiens et français virent à gauche. Le plan d’eau est comme un grand damier d’échecs où chacun cherche à attraper les meilleures risées de vent. On tire des bords. Il va falloir passer la bouée, la contourner dans le sens inverse des aiguilles d’une montre… Coque, safran, dérive aux pieds du barreur, une seule voile, un seul homme à bord. Appareil au poing, Max Girault filme et photographie.

 

13 H 37 : Bouée des planches à voile. Ballet orange, fluo, et vert pomme. La voile japonaise passe en tête suivie de l’israélienne. En toile de fond, la grande et historique Corniche. L’entraineur suisse passe devant notre étrave : à bord, anémomètre, girouette et tout le matériel lui donnant la météo du plan d’eau.

 

13 H 48 : un Nacra se retourne et reste couché sur son flanc. Un équipier à l’eau  visite la tête de mât.

Le Nacra 17 est un catamaran mixte (17 pieds). 18 unités sont là sous nos yeux avec à leur bord, un homme et une femme :

  • Ruggero et Catarina (ITA)
  • Joao et Gabriela (ARG)
  • John et Anna (GB)
  • Iker et Olga (ESP)
  • Moana et Amélie (FRA) …

 

 

 

 

Sur le Nacra brésilien, Joao et Gabriela portent casque rouge antichoc, genouillères et chaussons de navigation. En cas de chute à la mer le rouge est plus visible. Le Nacra est un étalon d’une toute nouvelle technologie avec foil qui l’élève au dessus de l’eau.

La mer est couverte de voiles qu’elle porte comme l’intelligence porte l’espoir.

 

Place aux voiles de l’Histoire

 

Entre les ralliements des aires de course, place à l’Histoire avec en toile de fond le bleu infiniment bleu du ciel et de l’eau. On ne devrait parler d’histoire maritime qu’à bord d’un bateau ! Alors elle prend une saveur incomparable que jamais un amphithéâtre et une salle de conférence ne donneront. Quel décor pour évoquer l’arrivée des Phocéens dans l’anse du Lacydon lorsque l’auditoire est bercé au rythme des vagues de la Méditerranée !

– « Pourquoi ce nom de Lacydon ? »

–  « Pourquoi le nom de Massalia ? »

Le château d’If dresse sa forteresse :

– « Connaissez-vous le chevalier Paul ? »

 

 

 

Il faut peu pour susciter l’intérêt pour l’histoire maritime. Quel que soit l’âge. Et puis, comme l’a écrit le poète, en mer chacun se sent pousser des ailes de Liberté. En mer, on éprouve toujours, plus qu’à terre, ce sentiment là. Ainsi le vivent nos passagers.

« Ce soir, quand vous serez rentrés chez vous, vous penserez à cette belle journée et vous songerez aussi à tous ces marins qui depuis la plus lointaine Antiquité ont navigué sur ce même golfe où nous sommes »

 

La troisième et dernière rotation embarquait un important groupe de personnes privées de parole et accompagnées d’une traductrice en langue des signes. Je m’adressais pour la première fois à un tel auditoire, d’une surprenante écoute. La Joie de la mer et de la découverte illuminait leur visage. Auprès de moi, la traductrice, présentée par Amapola, directrice de l’Office, transformait mes paroles en gestes. Gestes tout à fait nouveaux à bord d’un navire où le geste fait pourtant partie intégrante de la vie du marin : c’est avec ses mains que le marin tire sur les écoutes, hisse les voiles, grimpe aux haubans. Un navire où la main du marin ne s’agite pas, ne travaille pas est un navire mort. Un hollandais volant !

 

Quelle beauté que ces nouveaux gestes à bord. Et quelle ne fut pas ma surprise, et émouvante surprise s’il en est, quand à la fin de mon modeste propos je vis se lever devant moi des dizaines de mains s’agitant de tous leurs doigts de droite à gauche en signe de remerciement.

Oui, la mer est vraiment source d’émerveillement.

 

Jean Noël Beverini

de l’Office de la mer Marseille Provence

 

Pour visionner les images de la journée du 6 juin, rendez-vous ici !

 

Un grand merci à nos partenaires pour ces deux journées exceptionnelles : la Banque Populaire Méditerranée, la région PACA, le département Bouches-du-Rhône et la Ville de Marseille !

 

Les images du 8 juin : 

 

 

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