Rencontre avec Tony, pêcheur d’oursins à Marseille

Samedi 13 Février nous organisions une sortie inédite « au cœur de la pêche » qui consistait à en apprendre plus sur le métier de pêcheur d’oursins et ses enjeux actuels. Retour sur notre rencontre avec Tony, pêcheur depuis une quinzaine d’années. 

Tu peux te présenter ? 

Je m’appelle Tony, je suis originaire de Normandie et cela fait maintenant 15 ans que je suis pêcheur d’oursins. Comme tous les jeunes, je cherchais mon chemin et j’ai commencé ce métier un peu par hasard après mon diplôme de marine marchande.  Je suis venu faire l’école des scaphandriers à Marseille, puis on m’a proposé de faire matelot aux oursins (celui qui reste sur le bateau et qui conditionne les oursins). 

C’est quoi la routine d’un pêcheur d’oursins ? 

On se met à l’eau vers 8h jusqu’à 11h du matin à peu près. C’est un véritable métier passion qui nous offre une liberté incroyable, chaque journée est différente. C’est parfois très dur et fatiguant mais tant que tu y prends du plaisir, tu oublies le froid de l’eau hivernale, ahah ! Puis, petit à petit ton corps s’habitue. C’est un métier qui demande une connaissance poussée de l’espèce et de son environnement. Je connais presque chaque rocher du littoral. Actuellement, on pêche des oursins que l’on a laissé il y’a 4 ans, pour les prélever au meilleur moment sans rompre leur cycle.

Petite anecdote, beaucoup de gens pensent que l’oursin mâle est noir, alors qu’en réalité c’est simplement une autre espèce. À Marseille, il existe au moins 4 ou 5 espèces différentes et on ne peut distinguer le sexe qu’après les avoir ouverts. Les rouges sont les femelles et les jaunes les mâles.

Oursins mâle et femelle

Le bateau de Tony

Les outils de Tony : une moulagette et une grappe trident

L’oursin, c’est une espèce très prisée des français ces dernières années, non ? 

Pas seulement des français ! Le Japon est sûrement l’un des plus gros consommateurs d’oursins. La majorité des pays pêche pour le Japon. Il me semble d’ailleurs qu’en Asie, le sushi le plus cher est celui à base d’oursin. Mais les Bouches du Rhône restent une des principales zones de consommation en Europe. On importe maintenant des oursins de Sète et principalement d’Espagne de Galice. Pour ce qui est des espagnols, ils sont très souvent bien pleins mais le goût est souvent moins puissant car pêchés en Atlantique.

Les Marseillais et les oursins, c’est une véritable histoire d’amour. Pour beaucoup d’anciens cela réveille les souvenirs d’une enfance où ils dégustaient cela en famille sur la plage. Les femmes aiment particulièrement les oursins donc on voit beaucoup d’hommes acheter des oursins pour leur promise comme on achète des fleurs l’effet étant souvent garanti, reste à les ouvrir…

Tu trouves que le métier a évolué ? 

Oui, le rapport aux ressources halieutiques a grandement évolué ces dernières années. Pour te donner un exemple, avant on était à l’eau dès 6h du matin jusqu’à 12h et à Noël, c’était toute la journée. On avait beaucoup de pression par rapport aux évènements saisonniers notamment les oursinades et les fêtes de Noël. Aujourd’hui, on ne se met plus cette pression de la demande. La pression sur les ressources, elle cependant, y est encore. C’est à chacun d’être raisonnable et de ne pas abuser. D’ailleurs, je ne suis pas certain que le métier de pêcheur soit un véritable métier d’avenir.

” Les ressources marines quelles qu’elles soient sont très impactées par les activités humaines donc comme beaucoup d’activités liées à la nature si on ne la protège et respecte pas, ces activités s’arrêteront.”

Justement et la pêche durable alors ? 

C’est du bon sens et ça regarde chacun face à sa conscience. Il est difficile d’appliquer des règles cohérentes et contrôlables pour protéger les ressources marines mais je pense que pour l’oursin la règle de cueilleurs de champignons serait une bonne approche :

1/3 pour le panier, 1/3 pour les animaux et le reste servira à la reproduction pour les années suivantes…

Les ressources marines quelles qu’elles soient sont très impactées par les activités humaines donc comme beaucoup d’activités liées à la nature si on ne la protège et respecte pas ces activités s’arrêteront.

On a vu ces dernières années beaucoup d’affaires de braconnages marins en lien avec les oursins…

C’est une ressource réellement prisée. Mais je pense qu’il est important de faire la différence entre braconnier professionnel et celui qui va en prendre 5 pendant l’été sur son bateau. À savoir que, durant l’été il est interdit de pêcher les oursins. Si cette démarche peut paraître innocente, elle a un réel impact sur les ressources. Imaginez le nombre de personnes qui individuellement vont n’en prendre que 5 ou 6 ! Je suis presque sûr qu’il y’a plus de prélèvements par la plaisance que par la pêche.

À mon sens, il est important de sensibiliser les plaisanciers sur les différentes espèces qu’ils peuvent rencontrer et le grand public.

Il y’a aussi de nombreuses polémiques sur l’usage des bouteilles de plongée, qu’en penses-tu ? 

Pour moi, l’utilisation des bouteilles n’est pas un facteur qui explique la diminution des ressources. Cela permet au contraire de choisir vraiment ce que tu prends, les oursins qui sont arrivés à maturité par exemple. Ce n’est pas mieux que l’apnée mais c’est une manière différente de travailler. La plupart des oursins se situent dans les 6 premiers mètres : quand il y’a peu d’eau, c’est plus confortable en apnée, mais quand il y’a de la houle, la bouteille est plus adaptée.