Marseille face au théâtre maritime ? Acteur, spectateur ou abonné absent ? (2 ème partie)

Comme Aphrodite, Marseille est née de la mer et la mer baigne son histoire depuis les origines. Baigne t-elle le marseillais lui-même ? La question peut raisonnablement être posée. Si le port a su pousser ses lignes et ses compagnies jusqu’aux extrémités de la terre le marseillais ne limite t-il pas son horizon à cet espace que la chanson qualifie de « grand comme un mouchoir de poche », son cabanon ? Un cabanon physique ou mental. 

Ne nous masquons pas la vérité, même en période de COVID, ce qui ne saurait être une excuse : à l’exception de celle  d’un port que le marseillais a stigmatisé en le qualifiant définitivement  de « Vieux », la mer, la vraie, reste pour lui «  une abstraction ».(6)

 

Quelques chiffres ?

Le marseillais peut-il être considéré, non pas comme aimant la mer (ne demandons pas d’emblée l’impossible et ne confondons pas aimer la plage et aimer la mer) mais simplement comme au moins la connaissant ? Deux chiffres redoutables laissent perplexes :

  • 80% des petits marseillais ne sauraient pas nager à l’entrée en sixième.
  •  Selon la Cour des Comptes, le nombre de piscines à Marseille a baissé de 50% en 10 ans …

Pour aimer la randonnée, encore faut-il avoir appris à marcher. Pour aimer la mer, encore faut-il avoir appris à la fréquenter !

 

Des initiatives heureuses

 Par chance,  des initiatives les plus heureuses ont été développées ou sont en gestation avancée. De façon non exhaustive et d’une livraison « en vrac » :

– L’Office de la Mer propose chaque année tout un panel d’activités ludiques ou culturelles,

–  Le Parc National des Calanques, premier Parc péri-urbain créé à l’initiative de l’État, a été lancé, il y a 12 ans à la fois sur terre et sur mer,

– Le musée d’Histoire de Marseille, rénové, consacre une place à la mer et expose l’ancre du Grand Saint-Antoine découverte par l’archéologue sous-marin Michel Goury,

 – Au terme de 20 ans de recherches et 8000 heures de travail,         une réplique d’une barque de pêche antique a été réalisée par le chantier Borg sous la direction de Patrice Pomey et son équipe d’archéologie expérimentale,

– La ville commence à répondre au « besoin de patrimoine maritime ». Après les succès rencontrés à Brest et à Rouen, nous en saluons l’émergence à Marseille. Ainsi le plan d’eau phocéen a t-il accueilli des unités prestigieuses et historiques comme le Bélem et l’Hermione.

 

Et le projet d’un grand musée maritime

Un projet remarquable de création d’un grand musée  « Patrimoine Maritime Méditerranéen » (PAMM) est déjà dans sa forme de radoub en prévision de son lancement en 2022. Il sera, aux deux sens du terme, le lieu unique dédié au Patrimoine et au savoir-faire maritimes en Méditerranée. Un espace vivant de présentation et un « carré » de rencontres qui faisaient défaut depuis toujours à Marseille. De quoi répondre, de façon on ne peut plus concrète, à la question :  Un musée–Centre d’interprétation maritime à Marseille ?

Pour participer à la transmission de la connaissance et à la compréhension de ce qui fait la richesse et la diversité du monde et du milieu maritime contemporain par la mise en valeur de collections et la sensibilisation à l’Histoire maritime. Puisse ainsi le marseillais découvrir et s’approprier son patrimoine maritime sous toutes ses formes, passées, présentes et à venir, tout en se confrontant aux enjeux de plus en plus prégnants de la protection et de l’environnement maritime. 

C’est ainsi que nait la fierté de se connaître et de se reconnaître « peuple de la mer ». 

 

Jean Noël Beverini