Marseille face au théâtre maritime ? Acteur, spectateur ou abonné absent ? (1ère partie)

Combien de marins, et pas seulement des capitaines, combien d’historiens maritimes, d’écrivains de la mer et tant d’autres regrettent-ils que la France n’ait pas une véritable tradition maritime à la hauteur de celle d’autres nations disposant cependant de moins d’arpents de côtes et d’un domaine maritime non comparable ? Ce regret exprimé en ce qui concerne la France dans son ensemble touche particulièrement Marseille pourtant née d’une calanque devenue Port mondial.

 

Si comme le relèvent les professeurs Alain Cabantous et Gilbert Buti « aucun lieu de France ne se trouve à plus de 400 km de la mer » (1)  cette proximité géographique ne se traduit pas par un attachement particulier au monde maritime.

 

La France et la mer : des relations ambigües

 

Les relations que Marseille a pu entretenir avec la mer ne sont pas étrangères à celles que l’État lui-même a développées tout au long de son Histoire. Il faut, en effet, patienter longtemps et attendre Richelieu pour rencontrer l’homme politique qui pense «  en marin » et  le « premier initiateur d’une politique maritime moderne » (2). Les remarquables efforts poursuivis par Colbert n’empêcheront pas, à nouveau, la France de « tourner le dos à la mer » (3) et de délaisser ensuite trop souvent sa marine. À vrai dire, pas la meilleure solution pour favoriser et développer dans le pays le sentiment marin et l’attachement à la mer ! D’autant plus que la mer fait peur et fera peur encore longtemps.

 

Face à un désintérêt quasi-constant, exception notable de quelques périodes, comment parvenir à insuffler dans l’esprit et le cœur du français le sentiment puissant d’appartenir à une nation maritime, sentiment qui devrait pourtant reposer sur la constatation et sur la conviction que « la France n’a jamais été aussi forte, rayonnante et prospère que lorsqu’elle s’est grande ouverte sur le large. (4)

 

Les relations des français avec la mer ont toujours été ambigües. Les grandes transhumances estivales déversent bien l’intérieur des terres sur les rivages de l’Océan ou de la Méditerranée, mais ces rencontres s’assimilent plus à des amours de vacances qu’à des passions de longue durée ou des attachements pérennes.

 

L’amour maritime est à éclipses. Dès la fin des mois d’été notre homme rechausse ses souliers de terrien et oublie dans les fumées des embouteillages et les « cabines » malodorantes du métro le goût du sable, du sel et des embruns. 

 

 Heureusement …  

 

 Heureusement de grands moments ont su secouer la torpeur terrienne d’un français pourtant né de l’eau comme tous ses semblables ! Rendons hommage, à ce titre, à nos grands marins du monde, je devrais plutôt écrire  «  de l’océan » de la voile  et au plus grand d’entre eux en la personne d’Éric Tabarly, lui qui réussit à « tourner le regard du public vers la mer » (5). Rendons gloire également à tous nos musées maritimes, précieux coquillages jetés sur nos rivages, enrichissant nos côtes sur nos quatre façades maritimes et au premier d’entre eux, riche de 300 ans d’Histoire : le musée national de la marine à Paris, actuellement en pleine rénovation pour devenir le grand musée maritime du XXI° siècle.

 

Mais quelle difficulté que celle de jeter l’ancre dans un cerveau de terrien ! 

Tout au moins, la tâche pourrait-elle ou, du moins, devrait-elle être plus facile chez des populations vivant en bord de mer ?

 

Alors, Marseille face au théâtre maritime ? Acteur, spectateur ou abonné absent ?

La suite au deuxième épisode…

 

  1. «  Les Français, la Terre et la Mer – XIII°-XX° siècle » sous la direction d’Alain Cabantous, André Lespagnol, François Péron. (Fayard 2005)
  2. Henri Legoherel «  Histoire de la marine française » – Que Sais-Je (PUF 1999) 
  3. Etienne Taillemite 
  4. Henri Legoherel (idem)