Marseille et la mer : je t’aime moi non plus

Retour sur les tentatives de réconciliation entre la grande Bleue et Marseille. (1994 à aujourd’hui)

« Mais qu’elle est bleue, mais qu’elle est belle, oh moi ça me rend heureux » chantait le groupe Massilia Sound System en 1993. Passer un dimanche au Goudes, se dorer la pilule au Bain des Dames, nager à Malmousque, prendre l’apéro au Vallon, surfer sur les plages du Prado, explorer les Calanques, « c’est un plaisir que personne ne boude » .  La mer fait partie intégrante du paysage marseillais plus encore : elle est une habitante à part entière en plein cœur du centre-ville.

Mais où aller si l’on souhaite en apprendre plus sur elle ? son histoire ? son patrimoine ? les avancées scientifiques ? Saviez-vous que Marseille est le berceau mondial de la plongée et de l’exploration sous-marine ? Que 250 personnes travaillent quotidiennement à l’Institut Méditerranéen d’Océanologie pour percer les mystères de notre écosystème ? Connaissez-vous le DRASSM, le département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines ? Cousteau ? La Comex ?

Non ? Rien d’étonnant puisque très peu de structures font le lien entre les scientifiques, l’histoire et le grand public. Alors pourquoi ?

Pourquoi n’arrive-t-on pas à mettre en avant, celles et ceux qui chaque jour, font de notre quotidien un moment plus qu’appréciable ? Comment mettre en lumière les avancées scientifiques méditerranéennes ainsi que son patrimoine ? Comment transmettre l’histoire maritime de Marseille quand ceux qui la connaissent partiront ? 

L’Aquaforum du Prado

L'Aquaforum du Prado

Nous sommes en 1994, Robert Vigouroux est le maire de la ville, Didier Deschamps joue encore à l’OM, le Provençal est le quotidien local de référence, l’Office vient de naître et l’Aquarium de Marseille vit ses dernières heures. Oui vous avez bien lu, l’Aquarium.

Et pas des moindres. Plus connu sous le nom « d’Aquarium du Prado », ce complexe de 3500m2 abritait plus de 130 aquariums de 500 à 40 000 litres au cœur de la Place Amiral-Muselier. Il ouvre ses portes le 13 août 1988 et propose aux marseillais de découvrir près de 8000 poissons de 350 espèces différentes, « plus important que celui de Monaco » rapporte le Provençal. Pour l’anecdote, c’est en 1990, dans cet aquarium que Pierre Bardina, plongeur français, bat le record du monde de plongée en bouteille soit 5 jours sous l’eau.

Ce projet unique, imaginé par Charles Deloste prendra fin 6 ans plus tard. La cause ? un souci de corrosion qui brisa l’une des vitres de l’aquarium principal. Il s’ensuivit ensuite un procès interminable à l’encontre des fournisseurs et un futur projet de bureaux et locaux d’activité fut même évoqué.

Résultat : la place Amiral Muselier porte toujours aujourd’hui les traces de l’Aquaforum mais aucun des nouveaux projets n’ont été menés à terme.

À croire que Marseille préfère que ses poissons soient à l’extérieur. 

L’Aquaforum du Prado

La cité de la Mer

14 ans plus tard, à l’approche des municipales, l’ancienne municipalité dévoile son programme avec la volonté de créer une véritable « politique municipale de la mer et du littoral » afin que Marseille « tende de nouveau les bras à la mer ».

Cette volonté se traduit par le projet de créer une Cité de la Mer, composée d’un grand aquarium de rang international ainsi qu’un musée de la plongée et de l’exploration sous-marine, une sorte de «  Futuroscope de la Mer » .

Un projet estimé entre 60 et 80 millions d’euros qui permettrait à la ville de renouer avec la mer, comme sa cousine Gênes, caractérisée comme «  la Déesse de la Mer » par le Monde, qui, avec la création d’un des plus grand aquarium européen a permis à la ville de briller sur la scène internationale tout en renouant le lien entre la population et leur héritage méditerranéen.

Ce projet unique supposé se concrétiser avant la fin du mandat de Jean-Claude Gaudin, n’a pas pu voir le jour.

La Chambre de Commerce et de l’Industrie-MP a fermé les portes du musée de la marine et de l’économie en 2018, après 50 ans d’existence suite à une décision du ministère de tutelle en 2016, demandant aux organismes consulaires de cesser les activités muséographiques.

Cet espace rassemblait une grande collection de peintures, estampes, cartes et photographies qui retraçaient ainsi le passé maritime glorieux de la cité phocéenne.

Heureusement le MUCEM  et le MAAOA (musée des arts africain, océaniens et amérindiens) devraient prochainement rassembler tous ces trésors.

L’Aquaforum du Prado

Un avenir prometteur

Depuis ces 30 dernières années, Marseille a tenté de mettre le cap sur une politique de la mer. Si l’on vient de souligner les échecs de celle-ci, il convient  tout de même de rappeler que de nombreux projets ont vu le jour : Euroméditerranée et sa cité de la Méditerranée, le Mucem, Les Terrasses du Port, le Musée Subaquatique, l’ouverture nocturne de certaines plages ou encore Les Docks des Suds.

Marseille bouge, elle bouillonne : « Le littoral marseillais est un trésor ! Il faut continuer de développer la culture maritime à Marseille et démocratiser l’usage de la mer  »  déclarait Hervé Menchon, l’actuel élu à la mer sur le site internet Gomet’.

La cité phocéenne a toujours pris son temps pour se développer (un peu trop me diront certains ! ) mais c’est sans compter sur le futur ‘espace dédié au patrimoine maritime’ prévu pour 2023. L’objectif majeur de cette initiative est de “créer un véritable lien entre le passé et le patrimoine culturel que nous avons développé, le patrimoine vivant du présent et le futur patrimoine des savoirs “ nous explique Bruno Terrin à l’origine du projet.

La cité phocéenne garde le cap, direction 2024.