L’importance de considérer les marins comme travailleurs essentiels

L’essentiel de ce que les sociétés produisent, transforment, consomment et vendent, que ce soient des matières premières, de l’énergie, des produits manufacturés, est transporté par la mer. «  On parle d’un million et demi à deux millions de gens de mer* qui participent à l’exploitation des navires marchands dans le monde, ce qui se traduit par environ 80% du volume du commerce mondial qui est transporté par les navires. » selon Karine Langlois, chargée de communication au sein de l’Organisation Maritime Internationale.

Depuis Juillet 2020, plus de 200 milles gens de mer dans le monde sont bloqués à bord de leur navire toujours d’après l’OMI.

Tout l’enjeu aujourd’hui réside dans la désignation des marins comme travailleurs essentiels, afin de mettre en place des mesures permettant les relèves d’équipages et facilitant les déplacements des marins. La France, le Canada, le Kenya ou encore le Panama et les Philippines ont récemment pris la parole le 24 Septembre lors de la conférence des Nations Unis en invitant d’autres gouvernements à suivre leur exemple.

Mais alors, quelles conséquences sur la vie quotidienne des marins non considérés comme travailleurs clés ?

 

–          Un danger lié à la sécurité

Il parait indispensable de rappeler que les gens de mer n’ont pas d’autres choix que de continuer à travailler pour assurer le bon fonctionnement de nos sociétés. Mais pas que : outres les denrées alimentaires, on parle aussi de médicaments et de fournitures médicales qui sont essentiels dans la lutte contre la pandémie de COVID-19.

Certains sont en mer depuis 17 mois d’affilée, bien au-dessus des 11 mois fixés par la convention du travail maritime. « Cette situation contrevient aux principes fondamentaux sur lesquels s’appuient les normes de sécurité des navires développées par l’Organisation maritime internationale au cours des six dernières décennies » a informé le Secrétaire général de l’OMI, Kitack Lim.

Résultats : des marins épuisés physiquement et mentalement qui doivent continuer de travailler sans relâche, manœuvrer des navires, acheminer des produits essentiels à notre vie quotidienne. Toujours selon M.Lim « la sécurité des navires est en jeu et la vie des gens de mer est rendue impossible. La sécurité de la navigation est en péril. » 

Pour aller plus loin, les dirigeants de 30 sociétés, dont Unilever et Danone ont soulevé de vives inquiétudes quant aux droits de la personne, déclarant que « la situation actuelle a malencontreusement créé une forme moderne de travail forcé. »

 

–          Une santé mentale en péril

Outre la surcharge de travail, le plus frustrant selon le capitaine Hedi Marzougui est « de ne pas savoir à quel moment, ni même si nous pourrons rentrer à la maison, »  a t-il déclaré le 24 septembre en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies. Il s’est adressé aux gouvernements, leur demandant d’agir pour permettre aux gens de mer de rentrer chez eux.

Il continue « J’invite chacun d’entre vous à imaginer ce que vous ressentiriez si vous deviez travailler pendant 12 heures chaque jour, sans week-end, sans voir vos proches et en étant coincé en mer. Maintenant, ajoutez le fait que vous devez faire tout cela en ne sachant pas à quel moment vous pourrez être rapatrié. »

 

–        Une assistance médicale d’urgence compliquée à mettre en place

Avec toutes les contraintes administratives, douanières et sanitaires, les autorisations d’urgences médicales deviennent très contraignantes et longues à obtenir. L’OMI relate plusieurs témoignages de cette situation sur son site internet, parmi lequel :

«  Lorsqu’un marin de 45 ans à bord d’un grand navire de charge a commencé à présenter des symptômes d’accident vasculaire cérébral (AVC), à la mi-avril, le capitaine a été immédiatement alerté.   Le diagnostic d’AVC a été confirmé par le service d’assistance médicale à distance Global Voyager Assistance. Cependant, le navire se trouvait à plus de 220 km du port le plus proche et les autorités portuaires ont rejeté les premiers appels pour une assistance médicale d’urgence, en raison des restrictions liées à la pandémie de COVID-19. Malgré les demandes répétées du capitaine du navire, du syndicat national représentant le marin et de celui du pays vers lequel le navire se dirigeait, le navire ne pouvait pas entrer au port.  

Après plusieurs heures d’intenses discussions, le navire a initialement reçu la confirmation qu’il pouvait entrer au port pour que le transfert médical ait lieu. Cependant, cette décision a été annulée six heures seulement avant le moment où le navire devait arriver. Le capitaine a reçu la consigne de mettre le cap sur un autre port, dans un autre pays situé à plus de 600 km de là. Le temps pressait. Le capitaine a insisté et a fait une nouvelle demande pour obtenir l’évacuation médicale du marin, mais cette seconde tentative a également été rejetée par les autorités, notamment les services d’immigration et une équipe spéciale locale sur la COVID-19. Une fois de plus, les restrictions reliées au coronavirus étaient en cause.

L’OMI a contacté des représentants du gouvernement national, tandis que l’OIT a proposé de préparer une lettre d’intervention. Ainsi, l’évacuation médicale a finalement été autorisée et un navire de police a été envoyé pour évacuer le marin. »

Être considéré comme « travailleur essentiel » permettrait de faciliter et d’accélérer ce processus.

 

 

Même si « Nous sommes au bord d’une crise humanitaire et d’un véritable problème de sécurité » d’après l’OMI, de plus en plus de pays concèdent le titre de « travailleur essentiel » ce qui reste encourageant pour la suite.

Si vous connaissez des personnes en détresse où qui ont simplement des questions, l’OMI a mis en place une équipe de gestion de crise pour les gens de mer pour aider à résoudre les cas individuels, qui travaille fréquemment en collaboration avec d’autres organisations comme l’Organisation internationale du Travail (OIT), la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF) et la Chambre internationale de la marine marchande (ICS).

* Sont gens de mer, toutes personnes salariées ou non salariées exerçant à bord d’un navire une activité professionnelle à quelque titre que ce soit. Sont marins, les gens de mer salariés ou non salariés exerçant une activité directement liée à l’exploitation du navire Source : observatoire des droits des marins<
Sources : l’Organisation Maritime Internationale