Jean-Pierre Buchaillet

Jean-Pierre BUCHAILLET nous a quittés

Texte de Nardo VICENTE – Membre du conseil d’administration de l’Office de la Mer

LE MONDE DE LA MER EST EN DEUIL

Le  Capitaine de Vaisseau Jean-Pierre BUCHAILLET  nous a quittés ! Il a embarqué pour son dernier voyage.

Amoureux de la mer depuis son plus jeune âge , il aspirait à intégrer l’Ecole Navale, ce qu’il fit en 1967 après une préparation au lycée Thiers de Marseille. Il n’a que 21 ans ! Deux ans après il effectue une campagne  à bord du Porte-hélicoptère « JEANNE D’ARC », et à son retour il devient officier en second du transporteur pétrolier « LAC CHAMBON » en Polynésie.
De retour en métropole, sa carrière s’oriente vers les sous-marins traditionnels  puis nucléaires. Breveté officier énergie en 1972, il embarque successivement à bord du sous-marin « MARSOUIN » à Lorient et du sous-marin « GALATHEE » à Toulon comme chef  du service énergie-propulsion.

Ingénieur en génie atomique en 1976, il rejoint la force océanique stratégique et les sous-marins nucléaires. Chef du service énergie, puis sécurité plongée sur le SNLE « L’INDOMPTABLE » de 1977 à 1979, en patrouilles opérationnelles. Chef du groupement énergie du SNA « SAPHIR » en armement, puis essais, à Cherbourg et Toulon de 1981 à 1985.

En dehors de ces nombreux commandements, Jean-Pierre Buchaillet participe à l’enseignement comme professeur au groupement des écoles des mécaniciens à saint-Mandrier de 1979 à 1981, et comme commandant au centre de formation nucléaire à Cadarache de 1985 à 1987. Ensuite de 1987 à 1990 il  va occuper le poste d’ingénieur de l’escadrille des sous-marins de la Méditerranée.

Il rejoint la « surface » en 1990 pour embarquer comme chef du groupement énergie du porte-avions « CLEMENCEAU » qui va participer à l’opération « Salamandre » pendant la guerre du Golfe. A son retour en 1991, il devient ingénieur de l’escadre de la Méditerranée, puis chef de la division matériel et logistique, à la création de la force d’action navale en 1992, et enfin chef de la division logistique de CECMED en 1993.

Par la suite, il devient Directeur de l’enseignement de l’école des applications militaires de l’énergie atomique (EAMEA) à Cherbourg de 1993 à 1995.

EN 1995,il est affecté à Paris au Service Technique des Chaufferies Nucléaires de Propulsion Navale (STXN), il occupe les fonctions de Chef du Bureau Programmes PACDG et SNLE/NG.

Enfin, après cette carrière tellement diversifiée et riche, Jean-Pierre Buchaillet  est nommé le 21 juillet 2000 au commandement de la Marine à Marseille, et du Centre d’Information des Réserves Actives de la Marine à Marseille.

C’est là  qu’il termine sa carrière militaire le 15 octobre 2002 pour rejoindre la vie professionnelle civile à la Société des Moteurs Baudouin comme Responsable Administrations Civiles et Militaires et Chef de Zone Export.

C’est lors  de son commandement de la Marine à Marseille que nous nous sommes connus et appréciés. Nous avons pu ensemble participer aux activités de l’Office de la Mer où a germé le projet d’immersion du Porte-avions CLEMENCEAU

 

Extrait de mes mémoires : « ITINERAIRE D’UN EXIL » Nardo VICENTE. De la langue de Cervantés à celle de Molière » Maïa, 2018

Les tribulations du Clémenceau

Lors d’une réunion à l’Office de la mer de Marseille, Jean-Pierre Buchaillet commandant la base de la Marine Nationale à Marseille, nous fait part d’un magnifique projet qui consiste à couler le porte-avions Clémenceau pour le transformer en récif artificiel. Il obtient immédiatement l’adhésion de tous les membres de la Commission de l’Environnement marin que je préside à l’Office.

Nous décidons de constituer un Comité d’experts pour faire l’expertise de la coque vide du « Clem ». (coque Q-790).

Font partie de ce comité d’experts mes collègues scientifiques de la Station marine d’Endoume Jo Harmelin et Jean Vacelet dit Janus, le Directeur de l’INPP (Institut National de Plongée Professionnelle), le Commandant Paul Gavarry,  le Président Directeur Général de la Comex Henri-Germain Delauze, et moi-même.  Nous prenons rendez-vous à l’Arsenal de Toulon pour aller expertiser la coque. Nous y passons la journée entière, car ce bateau mesure 265 mètres de long et 51,20 m de haut. Il est totalement vidé de ses machines et autres appareils qui sont partis avec le Foch « sister ship » du Clémenceau acheté par le Brésil. Il ne reste plus dans la coque qu’un mélange eau-huile facile à pomper, et bien sûr l’amiante qui va déclencher la polémique. Mais le problème est  essentiellement humain. Le Préfet maritime a pris connaissance du projet par la presse qui s’est empressée de produire un article avec en première page une immense photographie du Clémenceau. Cela coutera très cher au Commandant Buchaillet qui sera poussé vers la sortie deux mois avant la date de son départ à la retraite.

Or Jean-Pierre Buchaillet, alors Capitaine de Vaisseau a dirigé le Clémenceau  comme Chef Mouvements et Energie, notamment pendant la guerre du Golfe en 1990, et il souhaite une fin honorable pour son beau bateau.

L’expertise  de la coque a tout de même lieu  le 18 Avril 2002 à l’Arsenal de Toulon

La coque n’a plus été repeinte depuis 1993, et donc plus de problème de métaux lourds. Nous nous proposons de la transformer en véritable récif artificiel avec des plaquages de ciment marine pour aider à la fixation de divers organismes : gorgones, éponges, corail rouge.

L’immersion d’une épave n’est pas autorisée (Convention de Barcelone). Il faut donc parler d’immersion d’un récif artificiel, et le comité d’experts doit proposer un moyen de pouvoir   couler  le porte-avion en le faisant passer dans le cadre d’une autorisation d’endigage. Pour cela une réelle préparation de la structure doit être effectuée pour transformer le bateau en récif artificiel. La structure devra rester la plus simple possible pour ne pas alourdir les aménagements à proposer dans l’étude. Ce projet devra être un compromis entre  les intérêts écologiques et économiques.

La Ville de Marseille représentée dans le Comité d’experts par l’adjointe à l’environnement et la Mer va commanditer une étude scientifique afin de connaître précisément la nature des travaux à réaliser pour faire du Clémenceau un récif artificiel ne présentant aucune nocivité pour l’environnement marin.

Une pétition est signée dès le lendemain de cette expertise par  un millier de plongeurs et de pêcheurs aux petits métiers tous favorables à ce beau projet. La presse locale et spécialisée le soutient également.

Un site d’accueil est recherché dans la rade de Marseille entre 60 et 70 m de profondeur. Trois propositions sont faites : le site du grand Congloué au sud-est de l’île de Riou, à proximité du site historique de l’épave de Cousteau, la baie du grand Souffre au Frioul (rade nord) et enfin sur le versant nord du phare de Planier, en pleine baie de Marseille. Le mât serait coupé au ras de la passerelle qui se retrouverait à 25 m de profondeur. Quel aquarium ! Le pont d’envol lui, serait à 35 m, et les immenses hangars vastes et larges vers 40m et donc accessibles aux plongeurs expérimentés. Le Patron de l’INPP, Paul Gavarry un ancien officier de marine est d’accord  et à un discours résolument visionnaire et ambitieux : « Il ne suffit pas d’immerger ce navire et de laisser les structures existantes gérer sa visite comme une épave lamda. Il faut aller au bout de la logique du projet en terme de dimension. Il faut développer un concept professionnel et créer des structures d’accueil modernes pour les plongeurs. Pour une fois, il va falloir que les marseillais s’entendent et se remuent tous ensemble pour apporter un soutien concret à ce projet. Il ne suffira pas d’avoir de l’enthousiasme. Il faudra auss , dans ce cadre là, de l’ambition et ma seule crainte  est que les gens qui investiront dans le projet ne voient pas assez grand et ne soient pas assez pros. Moi, je le verrais bien au Planier ce navire. Cela fait des années que l’on parle de sauver  et de faire revivre ce bout de patrimoine maritime marseillais. C’est l’occasion rêvée ! »

Hélas ce rêve ne sera pas réalisé !

Jean-Pierre BUCHAILLET à droite lors de l’expertise de la Coque vide du Porte-avions CLEMENCEAU. (photo – Nardo Vicente)

Jean-Pierre Buchaillet est ressorti très affecté par cet échec !

Il est allé rejoindre Paul Gavarry et Henri Germain Delauze, ces deux autres grands marins de notre Cité,  et il a retrouvé le « Tigre » Georges Clémenceau qu’il avait tant honoré !

Je garderai le souvenir d’un homme d’une grande humilité,  toujours à l’écoute des autres. À son épouse Elisabeth et ses enfants, mes plus sincères condoléances et ma profonde sympathie.

Nardo VICENTE